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TEMPS ET THEOSOPHIE

08 Août

« Le passé et le futur n’existent qu’en relation avec toi : tous deux ne sont qu’un, c’est toi qui pense qu’ils sont deux. Le mois et l’année futurs n’existent pas plus que le passé; il n’y a rien d’autre que ce seul instant ! Toute existence procède de l’Essence divine qui est une, mais se manifeste sous la forme d’un renouvellement rapide et constant; ce mouvement est perçu subjectivement comme durée. Le temps n’est qu’une illusion », énonce Rûmi le fondateur de la tarîqa Mawlawia.

Considérons un tison que l’on fait tournoyer à grande vitesse. Un observateur fixe la flamme à un endroit précis et unique. Le mouvement devenant plus rapide, l’observateur perçoit que le temps nécessaire à la réapparition de la flamme à l’endroit précis qu’il observe se raccourcit. Le temps nécessaire au retour en place de la flamme s’amenuise de plus en plus jusqu’au moment où l’observateur aura l’impression que la flamme demeure fixe à l’endroit observé. La variable dans le système : temps de retour de la flamme en place, régresse jusqu’au moment où la vitesse du tison devient tellement importante qu’elle évacue la chronologie à laquelle assistait l’observateur auparavant. Inversement, si l’on considère ce moment comme étant l’instant zéro, la diminution de la vitesse de rotation du tison va se traduire chez l’observateur comme survenue du facteur temps dans le système. La descente de l’Intelligence de ciel en ciel est comparable au ralentissement du tournoiement du tison, soit une augmentation de l’intervalle séparant les manifestations de la Source pulsante. Ce retard chaque fois plus important engendre graduellement le temps. L’instant 0 est d’abord ralenti en suite logique –M+. Le ralentissement de la récurrence de la manifestation de la Source devient de plus en plus important à mesure de la descente de l’Intelligence. Lorsque éclate la dixième Intelligence, l’infinité de big bang spirituels est ralentie en une infinité de big bangs matériels. La suite logique engendre à cet instant le temps chronologique tel que nous le connaissons dans le monde sensible.

Mouhammed Iqbal qui dit suivre Rûmi, comme Dante, Virgile, nous explique dans un langage moderne : « Le temps physique est la durée pure morcelée par la pensée, sorte de procédé au moyen duquel la Réalité offre à la mesure quantitative son incessante activité créatrice … L’espace, le temps et la matière sont des interprétations que la pensée opère à propos de la libre énergie créatrice de Dieu. Ce ne sont pas des réalités indépendantes existant en soi, mais seulement des modes intellectuels de perception de la vie de Dieu … »

Le cerveau construit une réalité apparemment concrète et saisissable par les sens. De fait, il reçoit des informations qu’il triture et restitue à la conscience comme étant cette réalité que l’individu voit, touche, entend, sent…

Les niveaux de conscience les plus bas correspondent à ceux des perceptions ordinaires. Lorsque l’état de conscience s’élève, celle-ci se trouve avoir accès à des valeurs qui transcendent la matière, l’espace et le temps. L’homme devient cette totalité qu’il découvre. Il peut la visiter dans ses moindres recoins, dans un élan qui est à la fois un envol vers l’extérieur et une plongée dans ses propres profondeurs. Il se découvre fragment d’hologramme égal à l’hologramme total, microcosme à l’image du macrocosme. La crème qu’est la conscience ordinaire s’élève à ce qu’elle contient : le Principe Actif.

La tradition rapporte qu’un compagnon s’adressa un jour en ces termes à l’Imâm ‘Ali :  » – Ô cousin de l’Envoyé de Dieu, où était notre Seigneur ? A-t-Il une localisation ? Le visage du gendre du prophète s’altéra, il resta un long moment silencieux, puis répondit : – Votre question : où est Dieu porte sur la localisation. Or Dieu était et point de lieu; puis Il créa le temps et le lieu et Il est maintenant tel qu’Il était sans le temps et le lieu. ».

Nous sommes à l’instant Zéro.

Dieu nous a dotés d’un cerveau décodeur holographique qui capte des informations, ondes, essentiellement constituées d’intelligence et de connaissance. Il les traduit comme réalités que nous atteignons avec nos cinq sens. L’attribut divin que nous sommes, suit le cheminement de la pensée divine qui est suite logique instantannée, et la perçoit ralentie. Ce ralentissement engendre le temps. L’espace devient alors une nécessité pour le décodeur que nous avons en guise de cerveau. L’espace s’ouvre pour la cohérence du perçu.

Après la descente des Intelligences jusqu’au monde sensible; le Mi’râj, retour au Principe Premier de l’émanation, ramène au point de départ dans une sorte de dé-création. Le temps apparaît comme cyclique, un retard advenu depuis l’instant 0 en passant par le temps –M+, temps de la suite logique. Au fur et à mesure de la descente, le temps devient de plus en plus dense jusqu’à son maximum d’opacité dans le monde de la matière. Ce temps opaque doit être vaincu et ramené à son origine, un peu comme l’aiguille unique d’une horloge dont le cadran serait divisé en 24 tranches égales, le départ de l’aiguille étant à 0 heure, un tour complet l’y ramène. Douze heures est le temps nécessaire à la descente, douze autres heures ramènent au point de départ.

Le temps chronologique apparaît comme un des éléments qui en

gendre le décor du théâtre qu’est notre monde. L’histoire qui paraît au physicien comme étant une ligne, demi-droite, commençant au big bang et se prolongeant vers l’avenir n’a pas de sens pour le mystique. Il ne voit pas l’avenir devant lui ni l’histoire derrière lui, il les appréhende comme un ensemble, se situant sous ses pas (sa connaissance). Observant depuis les hauts cieux l’ensemble de la création, il embrasse par cette présence les différents degrés de l’être à l’instant où ils existent vraiment : l’instant !

Les Ismaéliens divisent le temps, d’une part en Zamân, lequel est de l’éternité mesurée par les mouvements du ciel dont le nom est jour, nuit, mois, année et d’autre part en Dahr, le temps de la durée sans fin.

Par ailleurs le temps est médité comme l’instrument qui permet de combler le retard et le dépassement advenu lors de la convocation dans le ciel, la Da’wa.

Le duodécimain Ahmed Ahsâi divise le temps en Sarmad, Dahr et Zamân.

1) Le Sarmad ou Eternité comporte trois degrés.
a) Le premier au niveau de la Volonté divine, Mashîa, est le temps 0 où les Archétypes* sont libres et responsables.
b) Le second au niveau de l’Acte de Volition, Irâda, met fin à la liberté des Archétypes.
c) Le troisième est le temps du décret-signature : Qada’ wa Imda’, celui de l’impératif activé, lequel ordonne la mise à l’existence tel que. A ce niveau débute le temps de la suite logique –M+.

2) Le Dahr est le temps sempiternel, temps de moins en moins subtil à mesure de la descente de l’Intelligence. C’est le temps de « l’Architecture et de la construction », handasa wa binâ’, temps de la suite logique.

3) Le Zamân est le temps arrivé au maximum de densité et d’opacité, celui du monde sensible.

Mouhammed Iqbal dit que le physicien a encore à découvrir par ses propres méthodes que le spectacle transitoire du monde apparemment permanent de la physique a ses racines dans quelque chose de plus permanent. Seulement, pour y parvenir, il n’existe qu’un seul moyen : La Méthode, celle qui consiste à reconnaître que la raison est aussi incapable de mener à la connaissance que la foi simple à Dieu. Lorsque le chercheur dans quelque domaine que ce soit, se trouve bloqué, incapable de trouver ce qu’il poursuit, il est amené à lever les bras en signe d’impuissance et à renier son intellect pratique. Il quémande l’aide du Ciel ainsi que le prône toute gnose. Il devient mystique sans le savoir et fait de la gnose, comme monsieur Jourdain, de la prose.

Les résultats auxquels parviennent les physiciens et autres chercheurs par la suite, ne sont nullement le fruit de leurs efforts personnels; ils leur sont dictés en songe entre veille et sommeil, ou à l’état de veille par illumination, comme au gnostique, par l’Ange donateur qu’est Gabriel. A ce titre, je rappelle le quatrain :
Celui-là à qui Dieu octroie,
A chaque fois une quantité.
Le voilà, lorsqu’il reçoit,
Affirmant : ce sont mes capacités.

SOURCE SOUFISME /TEMPS ET TEOSOPHIE

 

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